Auditeurs qualifiés, le goulot avant le 11 octobre 2026
Temps de lecture : environ 6 minutes · Mis à jour en septembre 2026
À un mois du 11 octobre 2026, la question n’est plus « suis-je concerné par l’audit énergétique » mais « qui va le faire, et quand ». L’offre d’auditeurs reconnus compétents est étroite, la demande a changé d’échelle avec le critère de consommation, et un audit NF EN 16247 ne se livre pas en trois semaines. Cet article traite du marché, pas de l’obligation, déjà couverte sur ce site.
Le rappel en trois lignes, et où lire le reste
La loi n° 2025-391 du 30 avril 2025, dite DDADUE, a remplacé le critère de taille d’entreprise par un critère de consommation. Au-dessus de 10 TJ d’énergie finale par an, soit environ 2,78 GWh (moyenne sur trois ans, tous vecteurs), un audit énergétique est dû au plus tard le 11 octobre 2026, puis tous les quatre ans. Au-dessus de 23,6 GWh, un système de management de l’énergie certifié ISO 50001 s’impose au 11 octobre 2027. Seuils, sanctions et calcul de la moyenne sont détaillés dans Audit énergétique DDADUE, l’échéance du 11 octobre 2026, Audit énergétique obligatoire, qui est concerné en 2026, êtes-vous concerné en 2026 ? et Audit énergétique tertiaire 2026.
Qui a le droit d’auditer, et ce qui a changé au 1er juillet 2026
Un prestataire externe doit être reconnu compétent. Jusqu’en 2025, cette reconnaissance passait par une qualification délivrée par un organisme accrédité COFRAC sur la base de la norme NF X50-091 et de l’arrêté du 24 novembre 2014 : OPQIBI 1905 pour les bâtiments, 1717 pour les procédés industriels, 0607 pour les transports.
L’arrêté du 10 juillet 2025 a abrogé ce cadre. La qualification laisse place à une certification de service accréditée selon la norme ISO/IEC 17065, entrée en vigueur le 1er juillet 2026. L’OPQIBI délivre désormais trois certifications, AER 01 (bâtiment), AER 02 (procédés) et AER 03 (transports), et d’autres organismes accrédités, dont AFNOR Certification, proposent des équivalents.
Point décisif pour octobre : la période transitoire. Les prestataires qualifiés sous l’ancien régime ne devaient rester reconnus compétents que jusqu’au 30 juin 2026. Le décret n° 2026-564 du 29 juin 2026 a repoussé cette date au 30 juin 2027 en modifiant l’article D. 233-6 du code de l’énergie. Un bureau d’études titulaire d’une qualification OPQIBI 1905 ou 1717 en cours de validité peut donc réaliser votre audit réglementaire d’ici l’échéance, sans attendre sa certification AER. Sans ce report, l’offre se serait contractée juste avant le 11 octobre.
| Périmètre audité | Norme | Qualification transitoire (jusqu’au 30 juin 2027) | Certification depuis le 1er juillet 2026 |
|---|---|---|---|
| Bâtiments tertiaires | NF EN 16247-1 et 16247-2 | OPQIBI 1905 | OPQIBI AER 01 ou équivalent accrédité |
| Procédés industriels | NF EN 16247-1 et 16247-3 | OPQIBI 1717, AFNOR Certification, LNE | OPQIBI AER 02 ou équivalent accrédité |
| Transports | NF EN 16247-1 et 16247-4 | OPQIBI 0607 | OPQIBI AER 03 ou équivalent accrédité |
Une offre étroite face à une demande qui a changé d’échelle
Côté offre, le seul chiffre public solide est global : au 31 décembre 2025, l’OPQIBI comptait 3 328 structures qualifiées, toutes qualifications confondues. Les titulaires de la 1905 n’en sont qu’une fraction et aucun décompte national n’est publié à notre connaissance. L’annuaire de l’organisme, filtrable par qualification et département, est parlant : dans nombre de départements, les bureaux d’études qualifiés pour l’audit de bâtiments tertiaires se comptent sur les doigts d’une main. Les certifications AER, ouvertes en juillet 2026, n’ont pas encore grossi ce vivier.
Côté demande, trois flux se superposent en 2026 : les grandes entreprises soumises depuis 2014, dont beaucoup renouvellent leur audit quadriennal, les nouveaux entrants du critère de consommation (ETI industrielles, logisticiens, groupes de cliniques, foncières, réseaux de magasins), et l’exigence de couvrir au moins 80 % de la facture énergétique, qui impose souvent plusieurs lots et plusieurs compétences. Ni la DGEC ni l’ADEME n’ont publié, à notre connaissance, d’estimation du nombre d’entreprises nouvellement assujetties, et nous ne l’inventerons pas. Mais l’arrivée d’acteurs de taille moyenne à forte intensité énergétique suffit à expliquer les files d’attente constatées depuis le printemps.
Combien de temps prend réellement un audit NF EN 16247
Un audit NF EN 16247 enchaîne une réunion de démarrage, la collecte des données (trente-six mois de factures, plans, inventaire des équipements, courbes de charge), une visite de site avec mesures, l’analyse des usages significatifs, des scénarios d’actions chiffrés avec temps de retour, puis le rapport et sa restitution. En réglementaire, les usages significatifs doivent être mesurés, pas estimés, ce qui suppose parfois une campagne de comptage de plusieurs semaines.
En ordre de grandeur, d’après la pratique courante des bureaux d’études : six à dix semaines pour un site tertiaire unique aux données prêtes, trois à six mois pour un patrimoine multi-sites ou un site mêlant bâtiment et procédé. À la mi-septembre 2026, un audit non encore commandé a peu de chances d’être livré avant le 11 octobre, sauf site simple et auditeur disponible immédiatement.
Sécuriser sa commande en quatre points
- La reconnaissance de compétence. Demandez le certificat OPQIBI (1905, 1717 ou 0607) ou AER, avec sa date de validité. Une qualification expirée ne bénéficie pas de la période transitoire.
- Le périmètre. Faites établir la part de chaque lot dans votre facture. Si le procédé pèse l’essentiel, exigez une co-traitance avec un auditeur 1717 ou AER 02.
- Le planning contractuel. Inscrivez dans le devis les dates de visite, de remise du rapport et de transmission sur la plateforme de l’ADEME. Un devis signé et daté matérialise votre diligence.
- Les données. Préparez dès maintenant factures sur trois ans, liste des points de livraison électricité et gaz, mandats de collecte Enedis et GRDF, plans et inventaire des équipements. C’est le poste qui fait le plus dériver les délais.
Que risque une entreprise qui n’a pas trouvé d’auditeur
Le régime de sanctions est celui du code de l’énergie : amende administrative pouvant atteindre 2 % du chiffre d’affaires hors taxes, 4 % en cas de récidive, après mise en demeure. La question opérationnelle est ailleurs : la mise en demeure fixe un délai de régularisation, et une entreprise qui produit un devis signé, un planning daté et la preuve de ses démarches n’est pas dans la situation de celle qui n’a rien engagé. Aucune doctrine publique n’indique, à notre connaissance, qu’un audit commandé mais non livré vaudrait conformité au 11 octobre. Mais engager l’audit maintenant réduit l’exposition et documente la bonne foi. Renoncer parce que l’échéance est manquée serait le plus mauvais calcul.
L’articulation avec l’ISO 50001 d’octobre 2027
Au-dessus de 23,6 GWh par an, une seconde échéance tombe le 11 octobre 2027 pour un système de management de l’énergie certifié. La dispense d’audit joue pour un système certifié en vigueur couvrant au moins 80 % de la consommation, pas pour un projet de certification : une entreprise qui ne sera certifiée qu’en 2027 doit donc, à notre lecture des textes, traiter l’audit 2026. Le travail ne se perd pas, l’audit NF EN 16247 fournissant l’essentiel de la revue énergétique de l’ISO 50001. Les auditeurs étant les mêmes, le goulot se prolongera sur 2027. Détails dans ISO 50001 obligatoire en octobre 2027, qui est concerné.
Pour les assujettis au Décret Tertiaire, le même audit alimente la trajectoire Éco Énergie Tertiaire et un éventuel dossier de modulation, à déposer avant le 30 septembre 2027. Autant qu’une commande serve trois obligations.
Questions fréquentes
Mon audit est commandé mais ne sera livré qu’en décembre 2026, suis-je en infraction ?
Formellement, l’obligation est de disposer d’un audit au 11 octobre 2026 et aucune tolérance officielle n’a été publiée à notre connaissance. En pratique, la sanction n’intervient qu’après mise en demeure et délai de régularisation, et un devis signé documente vos démarches.
Puis-je faire réaliser l’audit par un salarié plutôt que par un bureau d’études ?
Le code de l’énergie admet un auditeur interne, sous réserve qu’il réponde aux exigences de compétence de l’arrêté du 10 juillet 2025 et soit indépendant des activités auditées. Dans le tertiaire, cette voie reste théorique faute de profil qualifié en interne.
Un auditeur OPQIBI 1905 suffit-il pour un site industriel ?
Non. L’audit doit couvrir au moins 80 % de la facture énergétique. Sur un site industriel, le procédé pèse l’essentiel et relève de la norme NF EN 16247-3, donc d’un auditeur 1717 ou AER 02. La 1905 couvre le lot bâtiment.
Pour aller plus loin
- Audit énergétique obligatoire, qui est concerné en 2026, pour vérifier votre assujettissement.
- Toutes les échéances énergie du tertiaire jusqu’en 2050, pour situer les 11 octobre 2026 et 2027 dans le calendrier global.
- Moduler ses objectifs quand la cible est hors d’atteinte, là où l’audit devient une pièce du dossier.
Préparer le cahier des charges de votre audit
Une analyse énergétique de votre immeuble à partir des données de comptage situe votre consommation, identifie les usages significatifs et cadre le périmètre à auditer. Elle ne remplace pas l’audit réglementaire, elle le prépare. decrettertiaire.fr/analyse-energetique
Cet article a une visée d’information générale et ne se substitue pas aux textes officiels (loi n° 2025-391 du 30 avril 2025, code de l’énergie, arrêté du 10 juillet 2025, décret n° 2026-564 du 29 juin 2026). Pour une situation précise, un accompagnement personnalisé est recommandé.
