VNU 2026, ce qui remplace l’ARENH pour l’acheteur tertiaire
Temps de lecture : environ 6 minutes · Mis à jour le 22 septembre 2026
L’ARENH a pris fin le 31 décembre 2025. Depuis le 1er janvier 2026, le versement nucléaire universel (VNU) ne fixe aucun prix : il taxe les revenus nucléaires d’EDF au-dessus de 78 €/MWh et reverse le produit aux consommateurs. En 2026, le seuil n’est pas atteint et la minoration est nulle. Pour 2027, la CRE estime ces revenus à 63,82 €/MWh au 1er juillet 2026. Voici ce que cela change dans une offre d’électricité tertiaire.
De l’ARENH au VNU, un changement de nature
L’accès régulé à l’électricité nucléaire historique, créé par la loi NOME de 2010, donnait aux fournisseurs alternatifs le droit d’acheter jusqu’à 100 TWh par an de production nucléaire d’EDF à 42 €/MWh. Ce socle amortissait les hausses du marché de gros. Il s’est éteint le 31 décembre 2025, comme le prévoyait la loi.
Le versement nucléaire universel, institué par l’article 17 de la loi n° 2025-127 du 14 février 2025 de finances pour 2025, ne remplace pas ce guichet. Depuis le 1er janvier 2026, les fournisseurs s’approvisionnent intégralement sur les marchés et le prix de vente au consommateur est un prix de marché. Le VNU intervient après coup, par une taxe sur EDF et une minoration sur les factures. Il ne protège le consommateur qu’en cas de prix élevés, à hauteur d’une fraction de la rente captée par le parc nucléaire.
Le mécanisme en chiffres
Le volet fiscal est la taxe sur l’utilisation de combustible nucléaire pour la production d’électricité (articles L. 322-67 et suivants du code des impositions sur les biens et services). Chaque année civile, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) constate les revenus du parc nucléaire historique d’EDF à partir d’une comptabilité appropriée (articles L. 336-12 et L. 336-15 du code de l’énergie). Ces revenus, en euros par MWh produit, sont comparés à deux tarifs fixés par arrêté du 11 février 2026 (articles L. 322-75 et L. 322-76) : un tarif de taxation à 78 €/MWh et un tarif d’écrêtement à 110 €/MWh. La part des revenus comprise entre 78 et 110 €/MWh est taxée à 50 %, la part au-dessus de 110 €/MWh à 90 %.
Le volet tarifaire est la minoration. Le produit de la taxe est reversé aux consommateurs finals par leurs fournisseurs, sous la forme d’un tarif unitaire en €/MWh appliqué aux quantités consommées pendant une période d’application, par défaut du 1er avril au 31 octobre (décret n° 2026-55 du 4 février 2026, articles R. 337-5 et suivants du code de l’énergie). Proposé par la CRE et arrêté par le ministre, le tarif unitaire apparaît expressément sur la facture et ne peut pas servir d’argument commercial. Les fournisseurs sont compensés par acompte puis solde, sous contrôle de la CRE.
| Paramètre | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Tarif de taxation | 78 €/MWh, taux 50 % | Arrêté du 11/02/2026, art. L. 322-75 CIBS |
| Tarif d’écrêtement | 110 €/MWh, taux 90 % | Arrêté du 11/02/2026, art. L. 322-76 CIBS |
| Coûts complets du parc nucléaire 2026-2028 | 60,3 €/MWh | CRE, évaluation du 30/09/2025 |
| Revenus nucléaires estimés 2026 | 66,08 €/MWh | CRE, estimation du 01/12/2025 |
| Tarif unitaire de minoration 2026 | 0 €/MWh | CRE, délibération n° 2026-52 du 26/02/2026, arrêté du 27/03/2026 |
| Revenus nucléaires estimés 2027 | 63,82 €/MWh (22,975 Md€ pour 360 TWh) | CRE, estimation du 01/07/2026 |
L’état du dispositif au 22 septembre 2026
Pour l’année de livraison 2026, la CRE a estimé les revenus nucléaires à 65,86 €/MWh le 30 septembre 2025, puis 66,08 €/MWh le 1er décembre 2025. Ces niveaux étant très inférieurs au tarif de taxation de 78 €/MWh, elle a estimé nulles les recettes de la taxe pour 2026 (délibération n° 2025-268 du 16 décembre 2025) et proposé un tarif unitaire de minoration de 0 €/MWh pour la période d’application 2026 (délibération n° 2026-52 du 26 février 2026), confirmé par arrêté du 27 mars 2026. Aucune ligne VNU positive n’apparaîtra donc sur les factures 2026.
Pour 2027, la première estimation, publiée le 13 janvier 2026, s’établissait à 60,94 €/MWh. Celle du 1er juillet 2026 la relève à 63,82 €/MWh, soit 22,975 milliards d’euros pour 360 TWh, avec une réserve explicite de la CRE sur l’incertitude. Les estimations suivantes sont attendues les 1er octobre, 1er novembre et 1er décembre 2026, la dernière servant à fixer le tarif unitaire proposé pour 2027.
Le marché de gros s’est tendu à la fin de l’été 2026. Selon les relevés de comparateurs spécialisés, le prix moyen au comptant en France est passé d’un point bas mensuel de 39,8 €/MWh en avril 2026 à environ 139 €/MWh sur les trois premières semaines de septembre 2026. Ces valeurs ne sont pas des cotations à terme et ne se transposent pas aux revenus d’EDF, qui vend l’essentiel de sa production plusieurs années à l’avance. Elles rendent possible, sans le garantir, un franchissement du seuil de 78 €/MWh sur les livraisons 2027 ou 2028. Au 22 septembre 2026, rien de tel n’est publié.
Ce qu’un acheteur tertiaire doit lire dans une offre 2027
Le premier point est l’absence de toute composante régulée dans le prix. Jusqu’en 2025, une offre pouvait afficher une « part ARENH » à 42 €/MWh et une part marché. Depuis 2026, le prix de l’énergie reflète le marché à terme au jour de la cotation, ce qui rend la date du devis aussi importante que son montant. Deux offres cotées à quinze jours d’écart ne sont pas comparables, comme le rappelle notre article sur la volatilité record de l’électricité en 2026.
Le deuxième point est la clause VNU. La minoration appartient au consommateur final et figure distinctement sur la facture. Une offre 2027 doit préciser comment le fournisseur répercute le tarif unitaire, à quel rythme (acompte, régularisation) et sur quelle base de consommation. Une clause qui intègre « déjà » le VNU dans un prix fixe mérite une question écrite, puisque le tarif unitaire 2027 ne sera connu qu’en fin d’année 2026.
Le troisième point tient au calendrier de la minoration, par défaut du 1er avril au 31 octobre. Si un tarif unitaire positif est fixé un jour, il portera sur les kWh consommés hors hiver : un immeuble de bureaux climatisé ou un commerce alimentaire en profitera davantage qu’un bâtiment à pointe électrique hivernale. Le quatrième point est classique mais pèse davantage sans filet régulé : durée d’engagement, prix fixe ou indexé, prime de risque du fournisseur, et composantes hors énergie (acheminement, accise, capacité) détaillées dans notre article sur les coûts et accises de l’énergie en 2026.
Électrification des usages et Décret Tertiaire
La fin de l’ARENH touche directement les arbitrages de sortie du gaz. Une pompe à chaleur remplace un kWh de gaz par environ un tiers de kWh d’électricité, ce qui sert mécaniquement l’objectif du Décret Tertiaire, exprimé en énergie finale. Le calcul économique dépend, lui, de l’écart de prix entre les deux vecteurs. Le VNU n’offre pas de prix plancher au consommateur : il ne rend de l’argent que si EDF en gagne beaucoup. La protection contre la volatilité vient des contrats, de la flexibilité des équipements et de la réduction des consommations, pas du dispositif lui-même.
Ce constat plaide pour dimensionner les projets d’électrification avec des hypothèses de prix prudentes et datées, comme le propose notre article sur le choix d’une pompe à chaleur pour ses objectifs Décret Tertiaire, et pour relire les obligations d’électrification de 2026 à la lumière de ce cadre de prix, présentées dans notre article sur l’électrification des usages et le SME obligatoire en 2026.
Questions fréquentes
Le VNU va-t-il baisser ma facture d’électricité en 2026 ?
Non. La CRE a estimé les revenus nucléaires d’EDF pour 2026 à 66,08 €/MWh (1er décembre 2025), sous le tarif de taxation de 78 €/MWh. Les recettes de la taxe sont nulles et le tarif unitaire de minoration 2026 est fixé à 0 €/MWh par arrêté du 27 mars 2026.
Le VNU s’applique-t-il aux contrats signés avant 2026 ?
Oui. Le décret n° 2026-55 du 4 février 2026 fixe les conditions dans lesquelles les fournisseurs appliquent la minoration aux contrats en cours. Si un tarif unitaire positif est arrêté, il bénéficie à tous les consommateurs finals pour les quantités consommées pendant la période d’application, quelle que soit la date de signature.
Dans un immeuble multilocataire, qui perçoit la minoration ?
Le titulaire du contrat de fourniture : le bailleur pour les parties communes et équipements collectifs, chaque preneur pour son compteur privatif. La répercussion aux occupants d’une minoration perçue par le bailleur relève des clauses de charges du bail. À notre connaissance, aucun texte ne l’encadre.
Pour aller plus loin
- Volatilité record de l’électricité en 2026, les impacts pour le tertiaire.
- Réglementation énergie 2026, coûts, DPE et accises, les composantes hors énergie de la facture.
- Quelle pompe à chaleur pour vos objectifs Décret Tertiaire, l’électrification côté technique.
Mesurer ce que l’électricité pèse dans votre trajectoire
Une analyse énergétique à partir de vos courbes de charge estime la part de l’électricité dans vos consommations, sa saisonnalité et l’effet d’un remplacement de chaudière sur votre trajectoire Décret Tertiaire. C’est une estimation, pas un audit réglementaire au sens de la norme NF EN 16247. Demander une analyse énergétique.
Cet article a une visée d’information générale et ne se substitue pas aux textes officiels.
