Prix du gaz, l’hiver 2026-2027 pour un bâtiment tertiaire
Temps de lecture : environ 10 minutes · Mis à jour le 1er octobre 2026
Le 29 septembre 2026 à Dublin, le commissaire européen à l’Énergie Dan Jørgensen a annoncé aux ministres des Vingt-Sept « des prix très élevés » pour l’hiver, sans risque de rupture d’approvisionnement. Le gaz se négocie autour de 70 €/MWh pour le premier trimestre 2027, contre 25 €/MWh en janvier 2026. Pour un bâtiment tertiaire chauffé au gaz, chaque hausse de 10 €/MWh représente environ 1 € par m² et par an, et la seule parade sans travaux est de consommer moins de kWh, ce qui est précisément l’objectif du Décret Tertiaire.
Ce que la Commission a dit à Dublin le 29 septembre
La réunion informelle des ministres de l’Énergie de l’Union européenne s’est tenue à Dublin le mardi 29 septembre 2026, sous présidence irlandaise. Le message du commissaire Dan Jørgensen, rapporté par Agence Europe le jour même, tient en une phrase : « Nous attendons des prix très élevés. » L’hiver qui vient ne sera pas, selon lui, une crise d’approvisionnement mais une crise d’accessibilité des prix. Il a écarté une taxe européenne sur les profits exceptionnels des compagnies pétrolières, renvoyant cette question aux États membres, et annoncé que la Commission utiliserait la souplesse du règlement sur le stockage du gaz pour ramener l’objectif de remplissage de 90 % à 80 % au 1er décembre, afin de ne pas alimenter la hausse par des achats de dernière minute.
Cette position prolonge une lettre adressée aux capitales quelques jours plus tôt, rapportée par Euronews le 27 septembre : stockages « exceptionnellement bas », invitation à maintenir ou prendre des mesures de réduction de la demande de gaz et d’électricité « aussi longtemps que nécessaire », sans caractère obligatoire. La Commission y cite explicitement les leviers de 2022, dont la limitation des températures dans les bâtiments publics, l’effacement aux heures de pointe et l’extinction de l’éclairage public inutile. Selon la presse spécialisée du 30 septembre, le commissaire a aussi rappelé que l’Union a dépensé plus de 100 milliards d’euros supplémentaires en importations d’énergies fossiles depuis le début du conflit au Moyen-Orient, sans volume additionnel, la fermeture du détroit d’Ormuz ayant renchéri le GNL et le pétrole pour toute l’Europe.
Stockages et prix au 30 septembre 2026
Les chiffres ci-dessous sont des données publiques, datées, à distinguer des commentaires de marché. Les niveaux de stockage proviennent de la plateforme AGSI+ de Gas Infrastructure Europe, les prix des cotations de règlement publiées par la bourse EEX pour le PEG, le point d’échange de gaz français.
| Indicateur | Valeur | Repère |
|---|---|---|
| Stockages France (AGSI+, 29 septembre 2026) | 83,5 % de la capacité utile | 91,6 % un an plus tôt, 71,3 % au 31 août |
| Stockages Union européenne (AGSI+, 29 septembre 2026) | 71,5 % | 82,6 % un an plus tôt, Allemagne 57,9 %, Pays-Bas 58,5 % |
| PEG, contrat novembre 2026 (EEX, clôture 30 septembre) | 70,89 €/MWh | Plus haut du mois 81,25 €/MWh le 14 septembre |
| PEG, premier trimestre 2027 (EEX, clôture 30 septembre) | 70,13 €/MWh | Cœur de la saison de chauffe |
| PEG, année 2027 (EEX, clôture 30 septembre) | 55,86 €/MWh | Moyenne de janvier 2026 pour le même contrat : 24,84 €/MWh |
| PEG, années 2028 et 2029 (EEX, clôture 30 septembre) | 36,28 et 28,99 €/MWh | Le marché anticipe une détente, pas un retour à 2025 |
| Prix repère CRE, part « molécule », octobre 2026 | 61,22 €/MWh | +17,1 % sur un mois |
Trois lectures de ce tableau. D’abord, la France aborde l’hiver avec des stocks nettement meilleurs que la moyenne européenne, ce qui réduit le risque physique mais pas le risque de prix, puisque le PEG suit le TTF néerlandais, lui-même tiré par la concurrence asiatique sur le GNL. Ensuite, la courbe à terme est inversée : le marché paie le gaz de cet hiver près de deux fois le gaz de 2028. Un contrat signé aujourd’hui pour trois ans fige donc un prix élevé sur une période où le marché attend une baisse, ce qui plaide pour des durées courtes ou des formules indexées, sans que cela soit un conseil d’achat. Enfin, le prix de gros ne fait pas la facture : il faut y ajouter l’acheminement, l’accise sur le gaz naturel (16,66 €/MWh depuis le 1er août 2026 selon le guide 2026 de la fiscalité des énergies du ministère chargé de l’énergie) et la marge du fournisseur. Les analystes cités par Euronews évoquent des pointes possibles au-delà de 100 €/MWh en cas de vague de froid ou de maintenance prolongée en Norvège. Ce sont des scénarios, pas des cotations.
L’exposition d’un bâtiment tertiaire, en euros par m²
L’illustration qui suit est volontairement simple et toutes ses hypothèses sont explicites. Prenons un immeuble de bureaux de 5 000 m² chauffé au gaz, consommant 100 kWh de gaz par m² et par an, soit 500 MWh. C’est un ordre de grandeur courant pour un bâtiment des années 1980 à 2000 sans rénovation lourde, à ajuster selon votre zone climatique et votre usage réel.
| Hypothèse de hausse du prix du gaz livré | Surcoût annuel (500 MWh) | Surcoût par m² |
|---|---|---|
| +10 €/MWh | 5 000 € | 1,0 €/m² |
| +30 €/MWh (écart entre la moyenne de l’année 2027 cotée en janvier 2026 et celle du 30 septembre) | 15 000 € | 3,0 €/m² |
| +45 €/MWh (écart entre 25 €/MWh et le premier trimestre 2027 à 70 €/MWh) | 22 500 € | 4,5 €/m² |
Ces montants sont hors TVA, qu’une entreprise assujettie récupère, et supposent que la hausse de gros se répercute intégralement sur la molécule facturée, ce qui dépend de votre contrat. Un prix fixe signé en 2025 vous protège jusqu’à son échéance. Un contrat indexé sur le PEG mensuel la subit dès cet hiver, avec un décalage d’un à deux mois. Un bail commercial avec charges de chauffage collectives la transmet au preneur selon la clause de répartition, point que nous avons détaillé dans Décret Tertiaire et bail commercial, qui porte quoi.
Pour situer l’enjeu, rapprochez ces 3 à 4,5 €/m² des loyers et des charges de votre immeuble. Dans un marché de bureaux de province à 150 €/m²/an, c’est 2 à 3 % du loyer. Dans un entrepôt ou un gymnase, où la surface est grande et le loyer faible, la proportion grimpe. Le même calcul, mené avec vos propres kWh, vous donne votre exposition réelle en moins d’une heure.
Les leviers immédiats, sans travaux
L’hiver commence dans quelques semaines, les travaux de l’hiver 2026-2027 sont déjà commandés ou ne le seront pas. Il reste les leviers d’exploitation, qui ont fait leurs preuves en 2022 et que la Commission cite à nouveau dans sa lettre du 27 septembre. Ils ont trois vertus : ils agissent dès le premier jour, ils ne coûtent presque rien, et ils réduisent des kWh, ce qui compte à la fois dans la facture et dans la déclaration OPERAT.
Le premier levier est la consigne de température. Le Code de l’énergie (art. R. 241-26) fixe à 19 °C la limite de chauffage dans les locaux à usage d’habitation, d’enseignement, de bureaux ou recevant du public, en dehors des exceptions sanitaires. Beaucoup de bâtiments tertiaires tournent à 21 ou 22 °C par absence de réglage. Le repère usuel des guides de l’ADEME est qu’un degré de moins représente environ 7 % de consommation de chauffage en moins, ratio d’ordre de grandeur qui dépend de l’isolation et du climat. Sur notre immeuble de 500 MWh, deux degrés représentent de l’ordre de 70 MWh, soit 4 900 € à 70 €/MWh.
Le deuxième levier est l’intermittence. Un bâtiment de bureaux est occupé 50 heures par semaine sur 168. Un chauffage qui ne redescend pas en réduit la nuit, le week-end et pendant les vacances chauffe les deux tiers du temps pour personne. Vérifier les plannings de la régulation, les horloges des chaudières et les consignes de réduit (16 °C hors occupation est un repère courant) est l’action la plus rentable de l’automne. Elle touche aussi la ventilation, qu’il faut asservir à l’occupation, et l’eau chaude sanitaire des bureaux, souvent produite inutilement.
Le troisième levier est la gestion technique du bâtiment. Quand une GTB existe, elle permet de piloter les deux premiers leviers à distance, de détecter les dérives (sonde déréglée, vanne bloquée ouverte) et de suivre la consommation au jour le jour. Si le bâtiment a une puissance de chauffage ou de climatisation supérieure à 290 kW, cette GTB est en outre une obligation depuis le 1er janvier 2025 au titre du décret BACS, que nous rappelons dans Décret BACS, vos obligations GTB de 2025 à 2030. Un hiver à 70 €/MWh réduit mécaniquement le temps de retour d’une GTB, puisque chaque kWh évité vaut deux à trois fois plus qu’en 2025.
Le quatrième levier est contractuel. Relire son contrat de fourniture (échéance, formule d’indexation, clause de révision), vérifier que le fournisseur applique bien le tarif d’accise correspondant à votre catégorie, et comparer les offres avant renouvellement sont des actions de direction financière, pas de direction technique. Elles ne réduisent pas les kWh mais peuvent peser plus que tous les autres leviers réunis sur la facture de cet hiver.
Ce que ça change à une sortie du gaz
Le remplacement d’une chaudière gaz par une pompe à chaleur se décide sur quinze ans, pas sur un hiver. Le prix du gaz de 2026-2027 n’est donc pas en soi un argument, et un retour vers 30 à 36 €/MWh en 2028-2029, tel que le marché le cote aujourd’hui, reste possible. Deux éléments pèsent cependant durablement.
Le premier est la volatilité elle-même. En trois ans, le gaz européen est passé de plus de 300 €/MWh (août 2022) à moins de 25 €/MWh (début 2026) puis à plus de 80 €/MWh (septembre 2026). Un propriétaire qui chauffe au gaz porte ce risque de prix, un propriétaire qui chauffe à l’électricité porte un risque différent, encadré en France par le mécanisme qui a succédé à l’ARENH et que nous décrivons dans VNU 2026, ce qui remplace l’ARENH pour l’acheteur tertiaire. La comparaison des deux trajectoires de prix fait partie d’une étude de sortie du gaz au même titre que le coefficient de performance de la machine.
Le second est le marché carbone européen. À partir du 1er janvier 2028, l’ETS2 ajoutera au prix du gaz un coût de quota estimé entre 9 et 13 €/MWh selon les sources publiées, que nous avons rassemblées dans ETS2, le choc carbone du gaz pour le tertiaire. Autrement dit, même si la molécule revient à 36 €/MWh en 2028, le gaz livré portera une composante nouvelle et croissante. Les critères techniques du choix d’une pompe à chaleur (régime de température, émetteurs existants, fluide, puissance) sont traités dans Quelle pompe à chaleur pour vos objectifs Décret Tertiaire, et l’arbitrage entre investir et demander une modulation dans Modulation ou travaux, comment arbitrer. Les ordres de grandeur publics de coût par poste sont dans Coût du Décret Tertiaire, les repères publics en €/m².
Un point de méthode pour les assujettis qui préparent un dossier de modulation pour coût disproportionné : le temps de retour brut prévu à l’article 11 de l’arrêté du 10 avril 2020 valorise les économies d’énergie au prix constaté, sans projection d’évolution. Un prix de gaz élevé l’année du dossier raccourcit donc ce temps de retour et affaiblit l’argument du coût disproportionné. Le choix du prix retenu dans le dossier n’est pas neutre et doit être justifié.
Le Décret Tertiaire compte en kWh, pas en euros
Une hausse de prix ne modifie ni votre consommation de référence ni votre objectif. Le dispositif Éco Énergie Tertiaire mesure une consommation d’énergie finale en kWh par m² et par an, ajustée du climat par OPERAT, et la compare soit à votre année de référence (objectif -40 % en 2030), soit à une valeur absolue fixée par arrêté pour votre catégorie d’activité. Le prix du gaz n’apparaît nulle part dans ce calcul. Les objectifs et les deux voies sont rappelés dans Décret Tertiaire, les objectifs et les échéances.
En revanche, tout ce que vous ferez cet hiver pour réduire la facture réduit aussi les kWh déclarés en septembre 2027 au titre de l’année 2026, et en septembre 2028 au titre de 2027. L’hiver 2022-2023 l’a montré : selon le bilan OPERAT publié par l’ADEME en 2026, le parc déclarant affiche une baisse de 26 % entre les années de référence et 2024, dont une part tient aux mesures de sobriété prises face aux prix. Le risque est symétrique. Un bâtiment qui a fait de 2022 ou 2023 son année de référence, avec des consignes déjà abaissées, a moins de marge pour 2030. L’ADEME a confirmé que l’année de référence reste rectifiable jusqu’au 30 septembre 2027, ce qui mérite une vérification avant cette date.
Enfin, un bâtiment qui réduit ses kWh de gaz par pilotage améliore sa note OPERAT, qui se calcule uniquement par rapport à la valeur absolue, et prépare l’attestation opposable depuis le 1er juillet 2026 que les acquéreurs et les preneurs demandent désormais en transaction.
Questions fréquentes
Y a-t-il un risque de coupure de gaz pour les bâtiments tertiaires cet hiver ?
Non à la date du 1er octobre 2026. Le commissaire Jørgensen a déclaré à Dublin le 29 septembre qu’il n’y avait « pas de problème d’approvisionnement en tant que tel », et la lettre de la Commission du 27 septembre écarte tout risque immédiat pour la sécurité d’approvisionnement. Les stockages français étaient remplis à 83,5 % au 29 septembre selon AGSI+. Les plans d’urgence nationaux, qui prévoient des contrats interruptibles, visent d’abord les grands sites industriels, pas le tertiaire.
Combien coûte la hausse du gaz à un immeuble de bureaux de 5 000 m² ?
Avec l’hypothèse de 100 kWh de gaz par m² et par an, soit 500 MWh, chaque hausse de 10 €/MWh du prix livré coûte 5 000 € par an, soit 1 € par m². L’écart entre les cotations de janvier 2026 et celles du 30 septembre 2026 pour l’année 2027, environ 30 €/MWh, représente 15 000 € par an, soit 3 € par m², hors TVA et avant effet de votre contrat.
La hausse du prix du gaz modifie-t-elle mes objectifs Décret Tertiaire ?
Non. Les objectifs sont exprimés en kWh d’énergie finale par m² et par an, ajustés du climat, sans référence au prix. En revanche, les mesures de sobriété prises cet hiver (consignes, intermittence, GTB) réduisent les kWh déclarés sur OPERAT et rapprochent le bâtiment de son objectif 2030.
Pour aller plus loin
- ETS2, le choc carbone du gaz pour le tertiaire
- Décret BACS, vos obligations GTB de 2025 à 2030
- Quelle pompe à chaleur pour vos objectifs Décret Tertiaire
Connaître votre exposition avant les premiers froids
Une analyse énergétique de votre bâtiment, à partir de vos courbes de charge gaz et électricité, chiffre la part du chauffage dans vos consommations, le gain attendu des réglages d’exploitation et les scénarios de sortie du gaz. Il s’agit d’une estimation, pas d’un audit réglementaire au sens de la norme NF EN 16247. Demander une analyse énergétique.
Cet article a une visée d’information générale et ne se substitue pas aux textes officiels.
