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Consommation au m² du tertiaire, les repères OPERAT 2026

Temps de lecture : environ 10 minutes · Mis à jour en septembre 2026

Selon le bilan OPERAT 2024-2025 publié par l’ADEME, un bureau déclaré consomme en moyenne 110 kWh d’énergie finale par m² et par an, une école 101, un hôpital 176, un hôtel 184, un entrepôt 89. Ces repères portent sur les déclarants, pas sur le parc. Voici les chiffres par secteur, leur source exacte et la façon de s’en servir.

D’où viennent ces repères

Les chiffres de cet article proviennent de deux sources publiques de l’ADEME, toutes deux consultées le 22 septembre 2026.

La première est le rapport « OPERAT : Bilan des déclarations 2024-2025 et enseignements sur la performance énergétique du parc tertiaire », référence ADEME 013237, coécrit avec l’Observatoire de l’immobilier durable et mis en ligne le 19 mai 2026 sur la librairie ADEME. Les données ont été extraites de la plateforme fin janvier 2026. Le rapport est accompagné d’un tableur qui donne, pour chaque graphique, les valeurs exactes. C’est ce tableur (figures 12, 20, 21 et 22) qui alimente le tableau ci-dessous. Notre article sur le bilan OPERAT 2026 en présente les grands enseignements.

La seconde est le jeu de données ouvert « Consommations unitaires des locaux tertiaires par activité et type d’énergie », publié sur le portail data.ademe.fr à l’adresse https://data.ademe.fr/datasets/operat03-ratio-conso-ajustee. Il compte 1 099 251 enregistrements, une ligne par déclaration de consommation et par année, avec les ratios bruts et ajustés du climat, la catégorie et la sous-catégorie d’activité majoritaire. Il est mis à jour tous les mois, la dernière mise à jour affichée date du 31 août 2026. Les déclarations y sont anonymisées, sans localisation ni surface, pour respecter le secret des affaires. Un second jeu, « Consommation énergétique des bâtiments tertiaires par activité » (https://data.ademe.fr/datasets/consommation-tertiaire-activite, mis à jour le 9 septembre 2026), donne des sommes de surfaces et de consommations par catégorie, mais l’ADEME y précise que les consommations ne sont pas encore corrigées du climat.

Trois conventions de lecture s’imposent. Les ratios du bilan sont exprimés en énergie finale, en kWh PCI, ajustés des variations climatiques et rapportés à la surface déclarée. Ils sont calculés sur les seules déclarations de consommation 2024 de « fiabilité forte », celles qui passent les contrôles de cohérence de l’ADEME (annexe I du bilan). Enfin, la moyenne divise la consommation totale par le nombre d’EFA de la catégorie, sans pondération par la surface : un petit établissement pèse autant qu’un grand.

Le tableau des repères par secteur

Le tableau reprend les méta-catégories du bilan pour les six grands secteurs demandés, plus le stationnement, souvent mélangé aux bureaux dans les déclarations. La médiane et les quartiles sont plus utiles que la moyenne pour se situer : la moitié des bureaux déclarés consomment moins de 97 kWh/m²/an, et un bureau au-dessus de 134 se trouve dans le quart le plus consommateur de sa catégorie.

Secteur (méta-catégorie OPERAT) Moyenne kWh EF/m²/an Médiane 1er et 3e quartiles EFA analysées (2024) Déclarants atteignant déjà l’objectif 2030 (en surface / en nombre)
Bureaux 110 97 69 à 134 21 865 53 % / 60 %
Enseignement 101 93 74 à 119 13 998 52 % / 48 %
Santé 176 166 129 à 210 7 319 28 % / 38 %
Commerce non alimentaire 127 101 65 à 163 16 954 70 % / 65 %
Commerce alimentaire 323 285 216 à 374 6 199 41 % / 39 %
Logistique 89 57 31 à 114 6 852 46 % / 43 %
Hôtels 184 168 131 à 214 2 742 28 % / 29 % (méta-catégorie tourisme)
Stationnement 33 19 14 à 37 722 60 % / 58 %
Ensemble des déclarants fiables non publié non publié non publié non publié 47 % / 51 %

Source : ADEME et OID, bilan OPERAT 2024-2025, tableur des figures 20 et 22, déclarations de consommation 2024 de fiabilité forte, énergie finale ajustée du climat, moyenne non pondérée par la surface. Valeurs arrondies à l’unité. Pourcentages calculés sur les déclarants, pas sur le parc assujetti.

Ce que chaque secteur dit de lui-même

Bureaux, la catégorie la plus nombreuse

Avec 21 865 EFA analysées, les bureaux représentent 23 % des entités déclarées, 16 % de la surface et 14 % de la consommation (figure 12 du bilan). Leur profil est homogène : la moitié des bureaux se situent entre 69 et 134 kWh EF/m²/an. Le bilan note que la catégorie est dominée par la sous-catégorie « bureaux standards », suivie de la valeur par défaut. Ce détail compte : la sous-catégorie retenue change le seuil en valeur absolue, comme l’explique notre article sur le Décret Tertiaire pour les bureaux. Un bureau déclaré au-dessus de 134 kWh/m²/an, avec chauffage gaz et sans gestion technique, dispose en général d’un gisement d’économies important sur la régulation et les horaires avant tout investissement lourd.

Enseignement, des surfaces importantes et des ratios modérés

L’enseignement pèse 21 % de la surface déclarée pour 15 % de la consommation. Le ratio moyen de 101 kWh EF/m²/an s’explique par une occupation intermittente (vacances scolaires, soirées et week-ends vides) qui pèse mécaniquement sur la moyenne annuelle. La dispersion est faible : trois établissements sur quatre se situent sous 119. Les collectivités, premières concernées, trouveront le détail dans nos articles sur les établissements scolaires et les collectivités.

Santé, le secteur qui part de plus haut

La santé est la catégorie la plus énergivore des six : 176 kWh EF/m²/an en moyenne, 166 en médiane, et seulement 8 % des EFA pour 23 % de la consommation totale déclarée. Le fonctionnement continu, la ventilation sanitaire et les process (stérilisation, imagerie, blanchisserie) expliquent ce niveau. C’est aussi le secteur où la part de déclarants atteignant déjà l’objectif 2030 est la plus faible : 28 % en surface. Le bilan ADEME cite explicitement la santé parmi les secteurs où « l’objectif 2030 est atteint pour moins de 40 % des cas ». Notre article sur les établissements de santé détaille les leviers propres au secteur.

Commerce, deux réalités très différentes

Le commerce non alimentaire (grandes surfaces spécialisées, bricolage, détail) affiche 127 kWh EF/m²/an en moyenne mais une médiane à 101 : la moyenne est tirée par une minorité de magasins très consommateurs. C’est le secteur le plus avancé, avec 70 % de la surface déclarée déjà à l’objectif 2030, et celui qui a le plus baissé son ratio entre 2022 et 2024 (moins 13 % selon le bilan). Le commerce alimentaire est dans une autre catégorie : 323 kWh EF/m²/an en moyenne, portés à plus de 90 % par les supermarchés et hypermarchés, où le froid alimentaire domine. Ici, 41 % de la surface déclarée atteint déjà l’objectif.

Logistique, la dispersion la plus forte

La logistique consomme peu au m² (89 en moyenne, 57 en médiane) mais la dispersion est considérable : de 31 kWh/m²/an au premier quartile à 114 au troisième, et 192 au neuvième décile. Un entrepôt de messagerie non chauffé et une plateforme de froid négatif n’ont rien en commun. Le bilan précise que les entrepôts sans maintien en température représentent la moitié des surfaces du secteur pour un quart de sa consommation. Comparer un site logistique à la moyenne de la catégorie n’a donc guère de sens, il faut se référer à la sous-catégorie OPERAT (froid positif, froid négatif, ambiant).

Hôtellerie, un secteur en retard

Les hôtels déclarent 184 kWh EF/m²/an en moyenne (168 en médiane) et concentrent près de 80 % des surfaces de la méta-catégorie tourisme. Cette méta-catégorie est la moins avancée du bilan : 28 % de la surface déclarée atteint l’objectif 2030, et la baisse du ratio entre 2022 et 2024 n’a été que de 5 % environ, contre 10 % pour les bureaux. Eau chaude sanitaire, climatisation des chambres et restauration expliquent le niveau. Notre article sur le Décret Tertiaire pour les hôtels traite des indicateurs d’intensité d’usage propres au secteur (nuitées, taux d’occupation).

La base des pourcentages, déclarants ou parc

Le point le plus mal compris du bilan tient dans deux chiffres voisins qui ne mesurent pas la même chose. D’un côté, 47 % de la surface (51 % du nombre d’EFA) atteignent déjà l’objectif 2030. De l’autre, le taux de remplissage d’OPERAT « se situe entre 50 % et 60 % par rapport au parc assujetti », selon les termes de l’ADEME.

Le premier pourcentage se calcule sur les déclarants de fiabilité forte, le second sur le parc. Il est donc faux d’écrire que la moitié du parc tertiaire est conforme. À l’échelle du parc réel, l’ordre de grandeur est le suivant : environ un quart des surfaces assujetties est déclaré et déjà à l’objectif, un quart est déclaré et pas encore à l’objectif, et près de la moitié n’a pas de déclaration exploitable. Le rapprochement avec le CEREN, cité par l’ADEME sur data.ademe.fr, donne la mesure : 996 millions de m² de tertiaire assujetti estimés, contre 343 millions de m² déclarés et validés à l’échéance du 30 septembre 2025 pour l’année 2024.

Les ratios par secteur du tableau héritent du même biais. Ils décrivent les bâtiments dont les gestionnaires ont déclaré, et déclaré proprement. Rien ne garantit que les non-déclarants aient le même profil, et l’ADEME rappelle que les énergies de stock (fioul, propane, bois) sont sous-représentées dans OPERAT par rapport à l’inventaire national.

L’écart aux valeurs absolues

Le lecteur cherchera naturellement à comparer ces ratios au seuil en valeur absolue (Cabs) de sa catégorie. La comparaison directe n’est pas possible dans un tableau national, pour une raison simple : le seuil Cabs dépend de la zone climatique, de l’altitude, de la sous-catégorie d’activité et des indicateurs d’intensité d’usage déclarés (arrêté du 10 avril 2020 modifié, article 4 et annexe II). Deux bureaux au même ratio peuvent être l’un conforme et l’autre non, selon qu’ils sont à Lille ou à Nice, en open space ou en bureaux standards, occupés 45 ou 60 heures par semaine.

La colonne « déclarants atteignant déjà l’objectif 2030 » du tableau est donc le meilleur indicateur public de l’écart aux seuils. Elle intègre les deux voies : OPERAT calcule pour chaque EFA l’objectif en valeur relative (moins 40 % par rapport à l’année de référence) et l’objectif en valeur absolue, et retient celui qui est atteint. Le bilan apporte une précision utile : sur les déclarations 2024 fiables, la valeur absolue est l’objectif le plus accessible pour 51 % des EFA en nombre, mais la valeur relative l’est pour 55 % en surface. Les grands bâtiments, souvent anciens et énergivores, profitent davantage de la voie relative. Notre article sur voie relative ou voie absolue explique cet arbitrage, et celui sur les indicateurs d’intensité d’usage montre comment ils déplacent le seuil.

Pour connaître votre propre seuil, une seule méthode fiable : le lire sur OPERAT, dans l’attestation générée après la déclaration, ou dans les tableaux de valeurs absolues de l’onglet Ressources de la plateforme. Aucun ratio moyen ne le remplace.

La tendance 2022-2024

Le bilan suit aussi l’évolution du ratio moyen par secteur sur trois ans (figure 21, base 100 en 2022). La baisse est générale et 2023 en concentre l’essentiel, année de la crise des prix et du plan de sobriété. Sur deux ans, le commerce non alimentaire recule de 13 %, les bureaux, la logistique et l’enseignement d’environ 10 %, le commerce alimentaire de 9 %, la santé et le tourisme de 5 % seulement.

Le ralentissement de 2024 mérite attention. Sur le périmètre constant de l’ensemble des déclarants, la consommation ajustée du climat est passée de l’indice 74,7 en 2023 à 74,1 en 2024, soit moins 0,9 % en un an, après moins 10 % sur 2021-2023. La baisse totale par rapport à la période de référence 2010-2019 atteint 26 %. Autrement dit, les gains rapides de sobriété (consignes, horaires, extinction) ont été largement captés. Ce qui reste à faire pour atteindre moins 40 % en 2030 passe par des actions plus structurantes : régulation et pilotage, remplacement des équipements de chauffage, éclairage, enveloppe.

Comment utiliser ces repères pour votre bâtiment

Première étape, calculer votre ratio dans les mêmes unités. Il s’agit d’énergie finale (les kWh facturés, gaz converti en PCI), rapportée à la surface de consommations énergétiques déclarée sur OPERAT, qui inclut les locaux techniques et le stationnement couvert. Un ratio calculé sur la seule surface de plancher ou en énergie primaire (celle du DPE tertiaire) n’est pas comparable au tableau. La méthode de collecte est détaillée dans notre article sur la récupération et la saisie des consommations.

Deuxième étape, se situer par rapport à la médiane et aux quartiles de sa catégorie, pas seulement à la moyenne. Un ratio au-dessus du troisième quartile place le bâtiment dans le quart le plus consommateur des déclarants : le gisement d’économies est probable et un diagnostic se justifie. Un ratio sous la médiane n’exonère de rien, l’objectif réglementaire reste individuel, mais il indique que la voie absolue est sans doute la plus accessible.

Troisième étape, tenir compte de ce que le ratio ne dit pas. Le tableau ne distingue ni la zone climatique, ni l’énergie de chauffage, ni l’intensité d’usage. Le jeu de données unitaire de data.ademe.fr permet d’aller plus loin : il donne, ligne par ligne, la répartition par type d’énergie et la sous-catégorie majoritaire, ce qui autorise une comparaison plus fine entre bâtiments de même profil. Ce travail demande un traitement statistique et une lecture critique, l’ADEME rappelant que des doublons et des erreurs de saisie subsistent dans les données brutes.

Dernière précaution, ces repères sont une photographie des déclarants 2024. Ils évolueront à chaque campagne, et la mise à jour mensuelle du jeu de données ouvert permet de suivre ce mouvement.

Questions fréquentes

Un bâtiment sous la moyenne de sa catégorie est-il conforme au Décret Tertiaire ?

Non. La conformité s’apprécie EFA par EFA, soit par une baisse de 40 % par rapport à l’année de référence, soit par le respect du seuil en valeur absolue propre à la sous-catégorie, à la zone climatique et aux indicateurs d’intensité d’usage. Un bâtiment sous la moyenne a de bonnes chances d’être proche de son seuil absolu, mais seule l’attestation OPERAT le confirme.

Pourquoi les ratios OPERAT diffèrent-ils de ceux du DPE tertiaire ?

Le DPE s’exprime en énergie primaire et repose souvent sur une méthode conventionnelle, alors que les ratios OPERAT sont des consommations réelles en énergie finale, ajustées du climat et rapportées à une surface qui inclut les locaux techniques et le stationnement. Les deux chiffres ne se comparent pas directement.

Où télécharger les données brutes par secteur ?

Sur data.ademe.fr, jeu « Consommations unitaires des locaux tertiaires par activité et type d’énergie » (mis à jour le 31 août 2026, plus de 1,09 million de lignes), et sur la librairie ADEME, où le bilan OPERAT 2024-2025 est accompagné d’un tableur donnant moyenne, médiane, quartiles et déciles par catégorie.

Pour aller plus loin

Situer votre bâtiment par rapport à ces repères

Une analyse énergétique à partir de vos données de compteur permet de calculer votre ratio dans les conventions OPERAT, de le comparer aux quartiles de votre catégorie et d’identifier les premiers leviers. Il s’agit d’une estimation, pas d’un audit réglementaire au sens de la norme NF EN 16247. Demander une analyse énergétique.

Cet article a une visée d’information générale et ne se substitue pas aux textes officiels.

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